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Demain ?
Le jour suivant ?
Qui sait ?
Nous sommes ivres
de ce jour même !
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Ryokan, Le chemin vide
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En mille tableaux je Te vois,
Marie, adorablement peinte ;
Mais nul ne Te saurait montrer
Telle que T’entrevoit mon âme.

Je sais seulement que le bruit du monde
S’est évanoui, depuis, comme un songe,
Et que l’immensité d’un ciel tout de douceur
Ineffable à jamais se repose en mon cœur

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Novalis, Chants religieux
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Mais, tout philosophe le sait, ce qu'il y a au fond de la thèse qui refuse à l'être en tant qu'étant d'exister, c'est que l'exister est un mode d'être propre, celui-là même qui constitue la présence de l'homme à son monde (son Dasein, son être à ce monde). L'essence de son être à ce monde, de sa Présence, consiste justement dans son ex-sistence, mais une sistence qui surgit non pas ex alio, mais d'un néant et d'un abîme de silence. Plus cette présence ex-siste, plus cette ex-sistence est présente, plus authentiquement elle existe pour la fin qui est son non-être originel. L'être de cette ex-sistence n'est que de l'être pour finir, de l'être-pour-la-mort. C'est ici, je crois, qu'éclate le contraste des mots et des visions que les mots sont chargés de traduire. Car nous venons de voir que, chez Mollâ Sadrâ aussi, plus il y a existence, plus il y a présence. Cela veut dire, il l'explique lui-même, que le Ciel astronomique, par exemple, n'est pas présent pour la Terre (la masse tellurique) ; rien de ce qui appartient au monde du phénomène (à la matière, à l'étendue, au volume corporel, à la distance spatiale) ne peut être présent à quelque chose d'autre. Un être n'est présent à soi-même, n'est présent à un autre, et un autre ne lui est présent, bref, il n'y a présence d'un être à soi-même et à un autre que dans la mesure où cet être se sépare (tajrîd) des conditions de ce monde soumis à l'étendue, au volume, à la distance, à la durée. Mais plus il s'en sépare, plus il se sépare de ce qui conditionne l'absence, l'occultation (ghaybat), la mort ; plus, par conséquent, il se libère des conditions de l'être qui est destiné à finir, de l'être-pour-la-mort. Pour Mollâ Sadrâ et tous les Ishraqîyûn, plus intense est le degré de Présence, plus intense est l'acte d'exister ; et dès lors aussi, plus cet exister est exister (c'est-à-dire être) pour au-delà de la mort, car aussi plus un être comble ainsi son retard (ta'akhkhor) sur la Présente totale.
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Henry Corbin, Sur l'existence comme Présence
[Introduction au Kitâb al-Mashâ'ir de Mollâ Sadrâ Shîrazî]
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fuser
dans une innombrable
première fois
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égaré
mais conduit
à l’éveillante précision


Zéno Bianu, Traité des possibles (
α / α )
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En fait, de toutes mes incertitudes, la moindre (la moins éloignée d’un commencement de foi) est celle que m’a donnée l’expérience poétique ; c’est la pensée qu’il y a de l’inconnu, de l’insaisissable, à la source, au foyer même de notre être. Mais je ne puis attribuer à cet inconnu, à cela, aucun des noms dont l’histoire l’a nommé tout à tour. Ne peut-il donc me donner aucune leçon – hors de la poésie où il parle – , aucune directive, dans la conduite de ma vie ?
Réfléchissant à cela, j’en arrive à constater que néanmoins, en tout cas, il m’oriente, du moins dans le sens de la hauteur ; puisque je suis tout naturellement conduit à l’entrevoir comme le Plus Haut, et d’une certaine manière, pourquoi pas ? comme on l’a fait depuis l’origine, à le considérer à l’image du ciel
Alors il me semble avoir fait un pas malgré tout. Quand même je ne pourrais partir d’aucun principe sûr et que mon hésitation se prolongeât indéfiniment, quand même je ne pourrais proposer à mon pas aucun but saisissable, énonçable, je pressens que dans n’importe quelles conditions, à tout moment, en tout domaine et en tout lieu, les actes éclairés par la lumière de ce « ciel » supérieur ne pourraient être « mauvais » ; qu’une vie sous ce ciel aurait plus de chances qu’une autre d’être « bonne ».
Et pour être moins vague, il faudrait ajouter que la lumière qui nous parviendrait de ces hauteurs, par éclaircies, lueurs éparses et combattues, rares éclairs, et non continûment comme on le rêve, prendrait les formes les plus diverses, et non pas seulement celle que lui a imposées telle morale, tel système de pensées, telle croyance. Je l’apercevrais dans le plaisir (jugeant meurtrier celui qu’elle n’atteindrait pas), mais aussi, ailleurs, dans le renoncement au plaisir (en vue d’une clarté accrue) ; dans les œuvres les plus grandes où elle m’a été d’abord révélée et où je puis aller la retrouver sans cesse, mais aussi dans une simple chanson, pourvu qu’elle fût vraiment naïve ; dans l’excès pur, la violence, les refus de quelques-uns, mais non moins, et c’est là ce que m’auront appris surtout les années, dans la patience, le courage, le sourire d’hommes effacés qui s’oublient et ne s’en prévalent pas, qui endurent avec gaieté, qui rayonnent jusque dans le manque.
Sans doute est-on sans cesse forcé d’affronter de nouveau, avec étonnement, avec horreur, la face mauvaise de l’homme ; mais sans cesse aussi, dans la vie la plus banale et le domaine le plus borné, on peut rassembler ces autres signes, qui tiennent dans un geste, dans une parole usée faite beaucoup moins pour énoncer quoi que ce soit que pour amorcer un échange, ajouter au strict nécessaire du « commerce » un peu de chaleur gratuite, un peu de grâce : autant de signes presque dérisoires, de gestes essayés à tâtons, comme pour rebâtir inlassablement la maison, refaire aveuglement le jour ; autant de sourires grâce auxquels mon ignorance me pèse moins.
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Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes
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Ami, vois ! En lettre ou en rêve
C’est moi sur toi l’éclair qui crève !
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Tu t’endors ; paupière : descends !
C’est moi sur toi, - pressentiment
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De lumière. Quand poindra l’heure
Extrême : c’est moi l’œil-lueur.
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Et après ?
Rêve : ligne
Juste. Accès,
Puis s’inclinent
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Front et front.Le tien touche
Presque. Affront –
Rime : bouche.
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Du fait que les murs se défont ? -
A l’évidence le plafond
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Flanchait. Vocatif : seul archet !
A l’évidence le plancher…
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La brèche ! Et le Nil vert au fond !
A l’évidence le plafond
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Nageait. Le plancher, qu’est-ce hormis
« Qu’il croule ! » Des lames salies :
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Rions ! Mal balayé ? – Au ciel !
Le poète entier tient en selle
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Sur le tiret…
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Au-dessus du rien de deux corps
Le plafond d’évidence alors
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Chantait
à l’unisson des anges.
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Marina Tsevetaeva, Tentative de chambre (fragment)
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Les lignes de la vie sont diverses,
Comme sont les chemins, et comme les contours des montagnes.
Ce qu’ici nous sommes, un dieu là-bas peut le parfaire
Avec l’harmonie et l’éternelle récompense et la paix.
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Friedrich Hölderlin








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Ne sois pas surpris, mon ami, si je ne peux rien voir :
Je dois tous le temps me tourner vers mon soleil

Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique
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II

De pierre elle est, lampe, et puis d’air. Blanche est la pierre, et noire la lampe. Contre son verre éblouissant, ce sont des colonies d’insectes. Ils tuent le sens, l’instinct de la lumière. On les voit venir de très loin, de la mort, assise sur sa chaise, assise et qui regarde avec étrangeté le dieu du vide.
Parfois les insectes s’écartent, laissant filtrer un peu, à peine, le lait abstrait du songe.
La lampe est pourtant source. Il suffit pour cela de tourner la page du livre, de laisser l’eau revivre. Elle chante pour elle-même en demi-sphère du cœur meurtri. Qu’elle chante encore, lampe de pierre et de verre, idole aux yeux fermés, établie sur la table même où fut posé, par la main dévêtue, le vieux violon ! Qui se fera, la nuit venue, racine et fleurs. Toi, lampe, l’éclair d’un marteau te réduira, dans le temps déjà né, en fagot de poussière.
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IV

Puis se fit une neige.
La lampe qui l’habille est une étrange pierre. Et qui lui est tombe définitive. Le feu comme l’épée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils. Elle tranche dans le vif. La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit.
… Et seulement les retombées de la neige, habillée de miroirs et de volutes. Désir de ce très pur moment quand la main grandira comme un enfant aveugle pour cueillir à même le ciel un fruit miré, et qui n’est rien. C’est alors que la lumière retournera au sol pour s’endormir, immense, dans ses linges. Pour apaiser sa fièvre, et pour, dans la cascade torsadée, éteindre, avec la rosée, sa crinière.
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XIV

La résorption de la lumière dans l’huile, de l’huile dans l’olive : secret de lampe. Mais la lumière dénude la lampe et s’envole. La lampe alors – (on l’imagine) – se fait absence. La lumière s’en va rejoindre l’olive là où l’olive est en voie de se former. Par effraction, elle s’introduit dans la maison de l’olivette qu’elle vêtira sobrement, puis qu’elle tuera.
La lampe attend sans lampe une idée qu’on se fait d’elle. Elle est – si elle est – obscure par vérité. Entre ces deux objets, olive et lampe, hésite un papillon, celui, toujours à naître, de la lumière … Vérité de ces trois exils dont durement se forme une lampe paradoxale : la poésie, sa lampe jamais prouvée, huile et lumière, et qui, le froid venu, s’effacera.

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.Salah Stétié, Si respirer

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Si les fleurs n’étaient que belles sous nos yeux, elles séduiraient encore ; mais quelquefois leur parfum entraîne, comme une heureuse condition de l’existence, comme un appel subit, un retour à la vie plus intime. Soit que j’aie cherché ces émanations invisibles, soit surtout qu’elles s’offrent, qu’elles surprennent, je les reçois comme une expression forte, mais précaire, d’une pensée dont le monde matériel renferme et voile le secret.

Étienne Pivert de Senancour, Obermann

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